Intervention prononcée par M. Martin Jaeger,
secrétaire général de la Préfecture, lors de la cérémonie commémorative de la libération de Quimper.


CEREMONIE LIBERATION DE QUIMPER
MERCREDI 8 AOUT 2012



Monsieur le Maire,
Monsieur le député

Mesdames messieurs

Vous avez les uns et les autres rappelé la libération de Quimper le 8 aout 1944 il y a 68 ans et exalté ceux qui participèrent activement à ce moment glorieux de l’histoire de la ville.

Cette libération s’inscrit dans le vaste mouvement que font à ce moment les forces alliées après la percée d’Avranches en direction de la région parisienne.

Le 8 aout, le même jour, Patton pénètre dans la ville du Mans et la libère.

Rennes et Vannes ont été libérées quelques jours plus tôt, Brest est bombardée de manière intensive et sera évacuée pour n’être libérée qu’en septembre.

Quimper se libère seule , la France est progressivement libérée.

C’est un moment de joie profonde, un moment d’émotion intense mais rappelons le aussi un moment de souffrance importante, celui du prix de la guerre en morts dans les combats et sous les bombardements(9000 Finistériens ont perdu la vie dans ce conflit) , celui des crimes les plus indignes de l’ennemi contre les populations civiles et contre les résistants.

L’Histoire ne s’arrête pas : le lendemain, le 9 aout, une ordonnance du gouvernement provisoire proclame que « la forme du gouvernement de la France et est demeure la République. En droit celle ci n’a pas cessé d’exister. ».

Je me permets ce rappel parce qu’une ville française est une partie de la France et son histoire s’inscrit dans l’histoire de la France.

Je vois dans la libération volontaire de Quimper (première préfecture de France a être libérée par le FFI FTP) et tout ce qui l’a sous tendue et accompagnée, une sorte de prémonition de la proclamation éminemment importante de la permanence de la République incarnée par la France libre en dehors et en dépit de la période sombre du gouvernement de Vichy.

(Loin du dogme politique que cette ordonnance engendra par la suite et des débats historiques et politiques qui suivirent des décennies plus tard, si nous nous replongeons dans le moment de la Libération cette proclamation avaient du souffle et du sens.)

Permettez moi d’associer à votre hommage, l’hommage de l’Etat. Pour une action, un patriotisme que nous respectons et devant lequel nous nous inclinons.

Aujourd’hui nous témoignons du sacrifice et du combat pour la liberté, à Quimper puis dans toute la France et bien au-delà ; pour la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Ces combattants volontaires du 8 août 1944 étaient jeunes, enthousiastes et conscients de l'importance et de la valeur de leur lutte. L’engrenage fatal de la folie meurtrière ne leur laissait pas beaucoup de choix.

Ces hommes et femmes ont rétabli la République, ils ont mené le combat pour la liberté, contre l'injustice. Ils ont combattu dans l'armée, dans les réseaux, les maquis, au-delà des obédiences, contre la haine de l’autre, le repli de soi,

Autant de valeur que nous devons garder en mémoire.

Nous, leurs héritiers, leurs enfants, leurs petits enfants nous leur devons la paix, nous avons la responsabilité de cet héritage et de la dignité qu’ils nous ont transmises.

Nous devons veiller à maintenir vivante la mémoire de leurs souffrances de leurs combats et de leurs espoirs ;

Nous devons savoir parler du passé, pour ne rien oublier mais dans le même temps agir dans le présent pour ne pas cultiver la haine de l’autre.

Nous devons comme eux croire en l’avenir, la liberté la fraternité, la solidarité entre les hommes.

Nous devons nous méfier et combattre tout ce qui est fait du rejet et du mépris de l’autre, de sa culture, de sa religion, de son origine ou de sa race


    Nous devons combattre la violence sous toutes ses formes.

    Nous devons nous souvenir que dans les difficultés la voie de la République est exigeante, impérieuse, nécessite de la vertu et des efforts parfois des efforts importants car elle peut à tout moment se confronter à la tentation de l’exclusion, de la xénophobie, de la brutalité.

    Nous devons savoir enfin que l’Europe qui est née après ce conflit s’est construite parce que nos parents ont su surmonter leur colères, leurs peurs et l’idée de leur vengeance, parce qu’ils ont fait le choix de la dignité, de la connaissance de l’histoire, de la reconnaissance des peuples, de leurs intérêts commun sur les valeurs fondamentales de la démocratie et du progrès.


    Cette mémoire, ce souffle d’indignation et de résistance, ce courage dans l’adversité cette lucidité dans l’avenir de l’Europe font maintenant partie de nos responsabilités et de notre devoir.

    A nous de porter la mémoire
    A nous d’agir dans le présent
    A nous de construire l’avenir



    Prononcé par Martin Jaeger
    Secrétaire Général de la Préfecture
    8 août 2012