Mon oncle de l’ombre. Enquête sur un maquisard breton 
Mis en ligne le 18 novembre 2018
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Objet:Mémoire. Six ans sur la piste de son grand-oncle, « petit gars » du maquis - Bretagne - LeTelegramme.fr

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Mémoire. Six ans sur la piste de son grand-oncle, « petit gars » du maquis
André Gondet. Un nom sur une stèle à Kerihuel, en Plumelec (56). Un portrait en noir et blanc chez son grand-père. Et c’est tout. Après six ans d’enquête, Stéphanie Trouillard a redonné corps à ce jeune résistant, oublié, comme beaucoup d’autres.


Pendant six ans, Stéphanie Trouillard a enquêté sur l’histoire de son grand-oncle. Elle en a fait un livre émouvant, hommage aux résistants de l’ombre. (Catherine Lozac’h)



« Mon oncle de l’ombre » et ses 250 pages se lisent presque comme un polar. Mais son point de départ est une terrible histoire vraie. Le 
12 juillet 1944, dans la ferme de Kerihuel, sept parachutistes, huit patriotes et trois paysans sont exécutés. Une nuit et une journée d’horreur qui font suite à la bataille de Saint-Marcel où parachutistes et maquisards ont tenu tête à l’armée allemande.

Une jeune enquêtrice

L’enquêteur que l’on suit est également inattendu. « J’ai longtemps hésité entre des études d’histoire et de journalisme », raconte Stéphanie Trouillard. La trentenaire a finalement opté pour le journalisme. Pendant quatre ans, elle a exercé à l’étranger. Aujourd’hui rédactrice web à France 24, elle suit toujours l’actualité internationale. Pourtant, elle n’a jamais oublié d’où vient sa famille maternelle. « Il y avait une stèle au fond du jardin de mes grands-parents, juste à côté du musée de Saint-Marcel. J’ai toujours été passionnée par la guerre 1939-1945 ». Mais le grand-père Félix ne dit rien. En revanche, il se rend tous les ans à la commémoration de Kerihuel, là où est mort son frère André.

Une histoire française

Son grand-père est déjà mort quand Stéphanie Trouillard décide de se pencher sur les soldats de la famille. « En remontant le temps, le premier était André Gondet. Je ne connaissais rien de lui ». Un constat qui la trouble. « Nous avions un héros dans notre famille et nous n’en parlions pas ». Elle veut le connaître.
Elle met ses compétences professionnelles au service de sa quête, utilisant à la fois les réseaux sociaux, 
les journaux, les archives, les lettres pour tenter de trouver des pistes. La jeune femme sait que le temps joue contre elle. Les derniers témoins ont déjà plus de 80 ans. « Au départ, c’est une recherche personnelle, pour ma famille ».

Mais au fil de son enquête, de ses rencontres, elle se rend compte que l’histoire qu’elle remet au jour n’est pas que celle d’André. « On a beaucoup parlé des parachutistes du Special Air Service, mais il y a peu d’ouvrages sur les petits gars du maquis », constate la journaliste.

Une piste à suivre

Sans fard, au-delà du portrait de ce grand-oncle qui aura 23 ans à tout jamais, elle cherche à comprendre comment il a pris le maquis, mais aussi qui étaient ceux qui l’ont assassiné et pourquoi. Elle évite avec soin le piège de la vengeance ou du jugement. « C’est facile de désigner un coupable 70 ans après devant son écran ». Mais a envie de partager ses interrogations.
« Je pense que je ne pouvais pas aller beaucoup plus loin dans mes recherches. Ce livre est un remerciement à tous ceux qui ont pris des risques ». C’est aussi une plongée dans la vie en Bretagne il y a 70 ans. Peut-être même un guide pour briser l’anonymat dans lequel où le temps et le silence ont plongé bien des noms sur bien des stèles.
En allant vers l’histoire des morts, on rencontre des vivants
Trouver un éditeur se révélera aussi un combat difficile. Les mots de Catherine, fille du dernier témoin de Kerihuel, peuvent la conforter dans sa bienveillante persévérance. Simone, sa mère, avait 14 ans ce 12 juillet 1944. « Sa douleur s’est transmise d’une génération à l’autre, malgré son silence. Grâce à ce livre, je la comprends ; je me sens libérée », raconte Catherine qui s’est trouvé une mission : que sa mère soit citée aux commémorations du massacre.
« En allant vers l’histoire des morts, on rencontre des vivants », savoure la journaliste. Stéphanie Trouillard fait partie de la génération qui brise, avec tact, le silence pour redonner à chacun sa place dans l’Histoire. Sur la couverture de son livre, elle a d’ailleurs fait rajouter une femme au dessin issu d’une photo. « Elles aussi ont été oubliées… »
Pratique
« Mon oncle de l’ombre. Enquête sur un maquisard breton », de Stéphanie Trouillard, aux éditions Skol Vreizh (16 €). L’auteure viendra à la rencontre des lecteurs : dimanche 30 septembre à la librairie Sainte-Hortense de Rochefort en Terre, samedi 6 octobre à la Presse de Plumelec et dimanche 7 octobre au salon des auteurs de Malestroit.