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Histoire. 
« Pour Jean Moulin, le déclic a été Châteaulin »

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 Publié le 08 octobre 2019 Le Télégramme


Mis en ligne sur le site le 8 décembre 2019
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André Cariou, conservateur en chef du patrimoine, sait tout de Jean Moulin, jusqu’à sa vie d’artiste.

Directeur du musée des Beaux-arts de Quimper, Héraults’ est aussi consacré à l’histoire d’un homme cher à Châteaulin : Jean Moulin. Avant de mourir torturé en 1943, le plus célèbre des résistants français a marqué la ville finistérienne par son empreinte, et pas que politique.

« Châteaulin n’offre pas beaucoup de ressources. Je ne dirais même pas du tout. Aussi, je ne sors que rarement, sinon matin et soir pour aller au restaurant où l’on nous sert une tambouille pas très soignée ». Quand André Cariou cite Jean Moulin, on ne s’imagine pas que le plus célèbre des résistants français a été son sous-préfet. Pourtant, de 1930 à 1933, c’est bien en tant que haut fonctionnaire que le natif de Béziers (Hérault) vient résider à Châteaulin.

Ce lundi, au Centre-Juvénat, l’auteur de « Jean Moulin en Bretagne, le sous-préfet artiste et ses amis écrivains et peintres » a tenu une conférence, organisée par l’Université du temps libre (UTL), sur un autre aspect du héros français : son œuvre artistique. Très jeune, Jean Moulin dévoile une passion profonde pour le dessin. Si son père l’en empêche à l’adolescence en le dirigeant vers des études de droit, c’est bel et bien lors de sa période châteaulinoise que son talent pour le crayon reprend le dessus.

« Châteaulin l’a transformé »

Lorsqu’il débarque à 31 ans dans le Centre-Finistère en voiture de sport, Jean Moulin se confronte à une tout autre réalité. En Bretagne, les restes de la Première Guerre mondiale sont partout. Au milieu des inaugurations de monuments aux morts, des gueules cassées, des veuves, c’est l’autre visage du haut fonctionnaire qui resurgit. L’artiste prend alors le dessus sur l’homme politique. « On a l’impression que sa vie commence en 1940. Mais c’est bien en Bretagne que la personne historique et charismatique qu’il est devenu par la suite s’est construite. Châteaulin a été véritablement un déclic, décrit André Cariou. Il est très proche de la population châteaulinoise ».

Très vite marqué par la population qu’il administre, le sous-préfet gratte tout ce qu’il voit sur un carnet. Le fanatisme religieux devient même l’un de ses sujets de prédilection.
Et c’est notamment les pardons qui l’inspirent le plus, dont celui de Sainte-Anne-la-Palud. « De ce pardon en particulier, il en ressort consterné. De ses gravures ressort cette époque noire qu’a traversée la population bretonne et châteaulinoise ». Sombres, surréalistes, les gravures de Jean Moulin, qui signe d’ailleurs sous le pseudonyme Romanin, représentent une misère considérable, l’omniprésence de la mort et l’inébranlable foi bretonne. « À cette époque, la population souffre et s’en remet à la pitié du Christ.
Les scènes de pardons vécues par Jean Moulin sont celles qui le transforment le plus. Difficile d’ailleurs de passer, à ces moments-là, de la casquette de sous-préfet à celle de dessinateur », souligne le conservateur en chef du patrimoine.


Un double jeu

En parallèle à son poste de sous-préfet, Jean Moulin côtoie le gratin parisien, mais se lie avant tout d’amitié avec de nombreux artistes bretons. Saint Pol Roux, Max Jacob, Lionel Floch et Augustin Tuset ; il découvre avec eux la sculpture, l’art contemporain et les grands peintres. « Tristan Corbière reste une source d’inspiration très importante pour Jean Moulin, pour qui il a notamment illustré Armor et la Pastorale de Conlie ».

Installé à l’époque au dernier étage d’une maison le long de l’actuel quai… Jean-Moulin, non loin de la mairie, le futur partisan y invite souvent ses amis. « Un jour, il a soudainement vidé son appartement pour en faire une galerie et exposer ses œuvres ». Autant d’aspects peu connus du haut fonctionnaire qui est devenu l’un des héros de la Résistante française.