Marie-louise Salaun, épouse d'Arthur Baron

18 juillet 2013
Chers Résistants et Amis,
J'ai le chagrin de vous annoncer le décès de Marie-Louise, épouse d'Arthur.
Marie-Louise fut agent de liaison pour les maquis de Scaër.
Je viens de l'apprendre par la presse.
La cérémonie avait lieu au Vern aujourd'hui.
J'adresse un courrier à Arthur au nom de l'association.
Je vous embrasse
Anne
Marie-Louise,

Cherchant à définir ce que vous avez été, voici le mot qui m'est naturellement venu en tête : femme de conviction et, devrais-je rajouter, de fidélité à vos convictions, ce qui est bien mieux !!
  • Certes, je pourrai évoquer la femme accueillante, chaleureuse, discrète (je me permets de noter ce qualificatif car, ayant apprécié la manière dont, en privé, chez vous, vous évoquiez les souvenirs de l'Occupation et de la Résistance, je vous ai proposé à plusieurs reprises de venir devant les élèves faire le récit de cette époque sur laquelle votre mémoire était infaillible : chaque fois vous m'avez répondu que cela n'en valait pas la peine...), discrète donc mais aussi disponible aux autres et fidèle en amitié...De toutes ces qualités humaines que nous avons apprécié, c'est la fidélité à vos convictions qui, je crois, est un des “marqueurs” de votre vie.

Qu'est-ce qu'une femme de conviction ? En voici une définition :

Une femme de conviction est une femme qui s’attaque résolument à un problème de société dont les effets sont inacceptables pour elle.  Pour la résolution de ce problème elle structure  ses idées, propose et défend  sa façon de voir, de penser, de comprendre,  convaincue qu’elle  parviendra à changer les choses.

Comment ne pas vous reconnaître dans ces mots ?

  • Vos convictions se sont forgées dans le dur combat mené par votre frère Pierre pour installer le syndicat CGT dans l'entreprise Bolloré où il était salarié. Fervent défenseur des acquis sociaux du Front populaire de juin 1936, Pierre participe activement à leur mise en place dans cette entreprise “paternaliste”.

Vos convictions se sont affermies dans le soutien actif que votre père à apporté aux maquisards du secteur de Scaër : dans votre famille, ce soutien n'a pas fait débat. Il coulait de source !!

Vos convictions se sont renforcées tout au long de la Guerre quand Pierre est entré dans la Résistance et a été arrêté par les séides du gouvernement de Vichy car tout communiste est alors considéré comme “dangereux pour la sûreté de l'Etat”. Il sera emprisonné pendant de très longs mois dans un camp d'internement avec d'autres “politiques”. C'est avec un immense soulagement que vous le retrouverez après la libération !!

Ces convictions enracinées dans les valeurs de la Résistance, celles définies par le Conseil national de la Résistance et que l'on pourrait résumer par les mots de justice sociale, d’égalité et de liberté, ces convictions se sont maintenues et enrichies tout au long de votre vie avec votre mari, Arthur Baron, le compagnon de votre vie, homme de conviction lui aussi, profondément marqué par l'éducation reçue d'un père libertaire.




Ces convictions vous les avez entretenues en adhérant et en participant activement à la vie du comité brestois de l'Association nationale des Anciens combattants de la Résistance. Vous ne manquiez aucune AG, vous participiez à toutes les manifestations de l'association. Si Arthur fut le trésorier de l'ANACR pendant plus de 25 ans, c'est aussi grâce à votre soutien efficace !

Ces convictions, c'était la participation chaque 22 octobre aux cérémonies organisées par le Comité Chateaubriant pour le maintien, auprès des jeunes générations notamment, du souvenir des 27 fusillés de Châteaubriant, de leur combat et des raisons pour lesquelles ils étaient tombés.


Vos convictions, c'était aussi votre présence active aux réunions, goûters et manifestations organisées par l'ARAC (Association républicaine des anciens combattants) dont l'un des objectifs est de promouvoir les idéaux républicains de liberté, d'égalité et de fraternité et de lutter contre le fascisme sous toutes ses formes.

Le jeudi 6 juin dernier vous avez répondu présent à l'appel du Parti Socialiste, du Parti communiste, du Parti de gauche,de la Ligue des Droits de l'Homme et de la CGT 29 pour un rassemblement sur la place de la Liberté "en réaction à l'agression odieuse du jeune Clément Méric mortellement blessé à Paris par des membres de groupuscules d'extrême droite".

Mme Parvillers, professeure d'histoire au lycée de L'Harteloire où Clément était élève en Terminale l'an denier a dit ceci :«Clément avait une grande conscience de l’histoire. Il voulait éviter que les erreurs du passé se répètent”.

Parce que vous avez vu de près ces “erreurs du passé” auxquelles la professeure fait allusion avec leur cortège de violence et de morts, vous ne pouviez pas ne pas manifester votre soutien à ce jeune homme mort sous les coups d'odieux néo-nazis !! Votre conscience, Marie-Louise, vous empêchait de rester tranquillement chez vous ce soir là. Le combat contre la barbarie, le nazisme et ses idées mortifères, ce combat pour les valeurs de la Résistance menacées, était prioritaire.

Ce dernier combat est comme un message que vous nous avez transmis : il résume à lui seul toutes vos convictions car il est porteur d'espoir. Cet ultime combat vous honore Marie-Louise !!