Le Capitaine de Vaisseau (h) François FOURÉ secrétaire général adjoint de M.E.R. nous communique :
Une Nation qui perdrait la mémoire perdrait aussi son âme
Une nouvelle année commence, l'année du centenaire de l'entrée en guerre de la France et de ses alliés contre les puissances centrales.

Par les sacrifices de centaines de milliers de ses citoyens mobilisés, après cinquante deux mois de combats acharnés sur mer, sur terre et déjà dans les airs, non seulement sur notre territoire
mais dans toute l'Europe et au-delà, notre Nation finit par sortir victorieuse de ce conflit. La Marine n'est pas absente de cette victoire : Y ont participé les fusiliers marins du
contre-amiral Ronarc'h dans les combats de Melle et de Dixmude en octobre-novembre 1914 au cours des lesquels 50% de leurs effectifs sont mis hors de combat, les marins de la Marine nationale et ceux des navires marchands chargés d'approvisionner le Pays en matières premières et denrées alimentaires.

Ils ont payé largement leur tribut avec la disparition des
cuirassés Le Bouvet aux Dardanelles en 1915, Suffren en 1916, Danton et Kleber en 1917, du sous-marin Bernoulli en 1916, pour ne citer qu'eux sans omettre les quelques 600 cargos coulés par l'ennemi.

A peine un quart de siècle plus tard, un nouveau conflit éclate qui, après six ans de guerre sur tous les continents, s'achève à nouveau par la victoire des alliés, moins glorieuse pour la France, mais dont l'honneur est sauf : n'oublions pas les 120000 de nos marins, soldats et aviateurs tués en résistant à l'envahisseur entre le 10 mai et l'armistice du 22 juin 1940 comme le
capitaine de corvette Gabriel Ducuing au cap Gris Nez et le premier maître L'Her devant Berck le 25,mai, les fusiliers marins commandos morts au champ d'honneur le 19 août 1942 à Berneval.
Puis à partir du
6 juin 1944 après leur débarquement à Ouistreham sous les ordres du lieutenant de vaisseau Philippe Kieffer, les fusiliers marins du 1er RBFM intégré à la 2ème DB du général Leclerc de Hauteclocque libérateurs de Paris, les marins des FNFL disparus avec leurs bâtiments, le sous-marin Narval en décembre 1940, le croiseur sous-marin Surcouf en février 1942, les corvettes Alysse et Mimosa en février et juin 1942, le patrouilleur Vikings en avril de la même année, le contre-torpilleur Léopard en 1943, tous les Français libres et résistants comme le capitaine de corvette Henri Daillière de l'Aéronavale abattu au large de Freetown le 11 octobre 1942, le quartier maître radio Bernard Anquetil fusillé le 21 novembre 1942 comme le lieutenant de vaisseau Honoré d'Estienne d'Orves en août 1941, lui aussi fusillé au Mont Valérien, disparus des 1er Bataillon de fusiliers marins puis 1er régiment de fusiliers marins en Afrique, en Syrie, en Italie, enfin en France et Allemagne, qui ont payé de leur vie la lutte pour la Liberté ; n'oublions pas non plus la participation au débarquement de Provence le 15 août 1944 du cuirassé Lorraine, des croiseurs Gloire, Georges Leygues, Montcalm, Emile Bertin, Duguay-Trouin accompagnés de nombreux torpilleurs et contre-torpilleurs. 70 ans déjà cette année !

2014 est, avec les quatre années suivantes, une année de commémorations et de souvenir.

Années lourdes de Mémoire.
Mais ne nous trompons pas : il s'agit de remercier nos marins, aviateurs, soldats et parmi eux les blessés et mutilés, tous ceux qui sont morts au combat et qui ont par leur sacrifice ultime arraché ces victoires, et non de rappeler des erreurs politiques ou militaires.

Non ! Le Souvenir que nous devons rappeler, c'est le glorieux souvenir et proclamer notre reconnaissance à tous nos ainés qui ont lutté, certains dans la boue et le froid, d'autres sous un soleil de plomb, mais tous dans la souffrance, l'abnégation, le don de soi, avec la volonté de gagner ; c'est le Souvenir qui a transporté de liesse nos arrière-grands-parents et pour certains d'entre nous nos grands-parents, le
11 novembre 1918 à l'annonce de l'armistice, puis le 14 juillet 1919 première fête nationale de la paix retrouvée.

Préparons-nous à déborder de joie et de fierté le
11 novembre 2018, après cinq années de Souvenir et de recueillement devant les sacrifices de ces Français vertueux de toute origine, de toute classe sociale, de toute conviction : nos aînés. Et, de grâce, abstenons nous du dénigrement par le rappel des erreurs commises.

C'est le plus bel hommage que nous pouvons leur rendre.
Et c'est le vœu que je forme en ce début d'année.
Une Nation qui perdrait la mémoire perdrait aussi son âme.

CC(R) Patrice Brunet
Vice-président du Yacht Club de France