27 mai 2009. Le Mémorial de Penarpont. Hommage aux Maquisards.
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Au nom des Résistants et Ami(e)s de la Résistance-ANACR-  du Finistère, j’ai l’honneur de saluer ici, devant cette stèle érigée à leur mémoire, les Résistants du maquis de Penarpont-Beuzit-Keralliou.
Si les stèles sont des livres d'histoire, une autre stèle raconte la tragédie de ce maquis. Elle est face à la mer sur une dune de sable blanc, à la Pointe de Mousterlin, en Fouesnant. Elle est érigée à la mémoire des «  fusillés de Mousterlin ». «  Passant, arrête-toi et salue »est-il gravé dans la pierre. Salue les 15 Résistants fusillés à cet endroit, la nuit même qui suivit leur condamnation à mort par le tribunal militaire allemand de Quimper. Douze Français, un Belge et deux Russes. Ils avaient de 19 à 49 ans. C'était le 15 mai 1944. La presse de la collaboration annonçait 15 exécutions capitales.
6 Septembre 1944, le Finistère est presque entièrement libéré. La zone côtière interdite pendant l'occupation nazie redevient accessible. Les familles, les amis cherchent leurs disparus. Près de l'hôtel de la pointe de Mousterlin, il y a peu occupé par les Allemands, on ouvre une fosse commune creusée à même le sable. C'est là que l'on retrouve 7 des maquisards de Penarpont. A ce jour,les 5 autres maquisards sont toujours portés disparus.
 Entre ces deux dates, mai et septembre de l'année 1944, la victoire a changé de camp, le débarquement des Forces Alliées a réussi.
Par la mobilité de ses guérillas, l'efficacité de ses sabotages, l'Armée de l'Ombre ouvre la voie aux blindés américains en lui servant d'infanterie.
Les forces alliées et la Résistance libèrent notre pays.
«  20 000 va-nu-pieds à l'armement hétéroclite mirent enn fuite6 divisions allemandes puissamment armées. » Ainsi parlait en septembre 1944 le colonel Eon, commandant les Forces Françaises de Bretagne.
Tous les chefs militaires ont reconnu ce rôle exceptionnel de la Résistance bretonne.

L’année 1944. Comment un pays occupé, pillé, humilié, trahi, soumis à un ordre barbare et à l’infamie de la collaboration. comment ce pays, presque sans arme, a-t-il réussi sa libération et son retour dans le concert des grandes nations?
Comment a-t-il eu  sa place à la table où fut signée la capitulation de l'Allemagne nazie?
Comment ce pays privé d'un million et demi d'hommes en âge de se battre, retenus prisonniers pendant 5 ans dans les stalags, ce pays occupé par une armée entrainée, équipée, protégée par une répression féroce, comment ce pays s'est-il retrouvé dans le camp des vainqueurs?
 Une part de la réponse est gravée dans cette pierre.
C'est le pouvoir de tout être humain de dire non, de Résister, ce mot magnifique qui engage jusqu'au bout celui ou celle qui, en conscience, refuse l'ordre barbare auquel, par la force, on essaie de le soumettre.
Une autre part de la réponse est dans ce jour que nous commémorons aujourd'hui, le 27 mai 1943, l'Unité de la Résistance.
Ce jour là, un homme qui fut un temps le Sous-préfet de Châteaulin,  a joué un rôle majeur, Jean Moulin.
En juin 1940, quand la France plonge dans la débâcle et la défaite, Jean Moulin, alors préfet d'Eure et Loir annonce «  La guerre est perdue pour la France, mais il ne faudra jamais abandonner le combat.
Nous ne devons pas accepter la défaite. Il nous faudra Résister, nous compter, nous unir. »
Et déjà il résiste. Dans la nuit du 17 au 18 juin, il s'entaille la gorge plutôt que de signer un document infamant attribuant à des troupes coloniales françaises des atrocités commises par les nazis.
Le 18 juin 1940 c'est l'Appel du général de Gaulle. Il annonce de Londres que «  quoiqu'il arrive, la flamme de la Résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas »
Ces deux hommes d'exception se rencontreront et uniront leur génie au service de la libération de leur pays.
Le 27 mai 1943, dans Paris occupé, le Conseil N de la R se réunit pour la première fois sous la présidence de Jean Moulin, Délégué Général en France occupée. Après 3 ans d'efforts, de vie précaire et dangereuse, le but est atteint. L'unité de la Résistance est totale.
Dès sa constitution, le CNR se place sous l'autorité du Gvt provisoire de la France présidé par le général de Gaulle.
La création du CNR donnait à la Résistance unie une autorité reconnue en même temps qu'elle apportait au général de Gaulle une légitimité indiscutable.
«  Dans cette guerre où la patrie joue son destin la formation du CNR, organe essentiel de la France qui combat, est un événement capital. » Ainsi commençait le message du Général De Gaulle lu par Jean Moulin à  17 hommes rassemblés en secret au numéro 40 de la rue Dufour dans Paris occupé.
Une poignée d'inconnus, clandestins, presque tous traqués par la Gestapo et la police de Vichy. Des hors-la-loi, mal vêtus, mal nourris
s'unissent pour devenir le Conseil N de la R.
Moins d'un mois plus tard, le 21 juin 1943, Jean Moulin était arrêté à Caluire. Il allait mourir sous la torture « sans trahir un seul secret, lui qui les savait tous »( Malraux)
Mais le CNR continuait. Il publiait, clandestinement, le 15 mars 1944 un programme qui allait permettre de préparer la libération de notre pays et de le doter d'un régime de démocratie et de justice sociale unique au monde.
Les stèles sont des livres d'histoire, et à Châteaulin l'histoire de Jean Moulin, le héros de la Résistance, croise ici l'histoire d'autres héros de la Résistance. Mal nourris, mal vêtus, pourchassés jour et nuit, la haine à leurs trousses, ils ont constitué dans l'ombre le socle d'un pays libre, plus juste, plus solidaire.
Ils ont porté au plus haut ces mots magnifiques qui fondent notre République et la rendent universelle.
A la soumission  à une prétendue « race des seigneurs », ils ont dit
 liberté.
A la  hiérarchie entre les hommes, au racisme, ils ont dit  égalité.
A la haine, aux crimes abominables qui furent commis, ils ont  dit fraternité.
Dans ces maquis où des hommes et des femmes de toutes nationalités combattaient côte à côte le même ennemi, le nazisme, dans ces maquis, comme à Penarpont, est née une Europe de la Résistance. En germe dans les Brigades Internationales qui volèrent au secours de la jeune République Espagnole.
 Notre volonté c'est que chaque 27 mai, date de la création du CNR, nous nous souvenions de ce que fut la Résistance, toutes les Résistances, du plus petit geste de refus, du pain partagé, de l'asile donné pour une nuit, du message porté par un tout jeune agent de liaison, à la Résistance en arme.
Que chaque 27 mai  nous prenions la mesure de l'héritage que ces hommes nous ont si chèrement gagné dans le sang et les larmes, la liberté, la solidarité, la justice, un humanisme retrouvé.
Que chaque 27 mai soit le jour où nous partagions avec leurs familles, leurs amis , la douleur de les avoir perdus.
Que chaque 27 mai soit un jour où nous  disons merci, à eux qui n’ont pas vu cette victoire, aux Résistants et Résistantes encore parmi nous, aux familles qui les ont cachés et nourris pour ce bonheur de vivre dans une Europe enfin en paix.
Un 27 mai pour ne pas oublier et continuer de construire le monde dont ils rêvaient.
Un 27 mai de la Résistance et de la citoyenneté.

« Bonheur à tous, bonheur à ceux qui vont survivre » Manouchian
ANNE FRIANT-MENDRES