Une grande dame de la résistance au service de la paix.

Grande figure de la Résistance, Lucie Aubrac, qui est décédée mercredi à l'âge de 94 ans, était l'une des fondatrices du réseau Libération-sud.
Epouse de Raymond Aubrac, proche de Jean Moulin, chef du Conseil national de la Résistance (CNR) avec lequel il a été arrêté à Caluire, près de Lyon, le 21 juin 1943, elle avait réussi à le faire évader de façon spectaculaire quatre mois plus tard à Lyon.
Auparavant, elle l'avait déjà fait évadé à deux reprises dont la première fois en août 1940 d'une prison de Sarrebourg (Moselle).
Née le 29 juin 1912, dans une famille de vignerons bourguignons, Lucie Aubrac, agrégée d'histoire, est professeur au lycée de Strasbourg, où elle rencontre Raymond Aubrac, ingénieur des Ponts qu'elle épouse en décembre 1939.
Au début de la guerre à l'automne 1940 en zone libre, elle rencontre à Clermont-Ferrand, le journaliste Emmanuel d'Astier de la Vigerie qui organise un petit groupe clandestin "la dernière colonne" et fait paraître un journal clandestin Libération, qui devait aboutir au réseau de Libération-sud, un des premiers mouvements de Résistance.
Lucie Aubrac enseigne ensuite au lycée de jeunes filles Edgard-Quinet de Lyon jusqu'en novembre 1943, date à laquelle elle est révoquée pour ses convictions gaullistes.
A partir de novembre 1942, elle dirige dans la région lyonnaise, un corps franc qui organise des évasions et par un judicieux stratagème, elle parvient en mai 1943, à faire libérer son mari, emprisonné depuis mars.
Le 21 juin 1943, Raymond Aubrac est arrêté par Klaus Barbie avec Jean Moulin et une dizaine de résistants. En octobre 1943, avec ingéniosité et sang-froid, les armes à la main, Lucie Aubrac réussit à nouveau à soustraire son mari des griffes de la Gestapo, ainsi que treize autres prisonniers qui parviennent à s'enfuir lors du coup de main organisé par la Résistance.
Recherchée à son tour par la Gestapo, elle est envoyée en Angleterre en février 1944 pour représenter le Mouvement de libération nationale à l'Assemblée consultative.
Après la guerre, celle qu'Emmanuel d'Astier de la Vigerie avait surnommée "Madame conscience", sera notamment juré non parlementaire à la Haute Cour de justice du procès Pétain.
Plus tard, elle poursuivra son engagement militant, notamment pour Amnesty international, et dans les rangs du Réseau Femmes pour la parité, qui dénonce la sous-représentation des femmes au Parlement. Elle se mobilisera aussi en faveur des sans-papiers.
En 1997, le réalisateur Claude Berri rend hommage à son passé de résistante avec son film "Lucie Aubrac", incarnée par Carole Bouquet.
En avril 1998, Lucie Aubrac et son époux obtiennent que l'historien Gérard Chauvy et son éditeur Albin Michel soient condamnés pour "diffamation publique" à propos du livre "Aubrac, Lyon 1943". Cette condamnation est approuvée en juin 2004 par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).
Grand officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45 et médaillée de la Résistance, Mme Aubrac, mère de trois enfants, était l'auteur de "Ils partiront dans l'ivresse" (1984), et de "Cette exigeante liberté" (1997). Deux films racontent son histoire : "Boulevard des hirondelles" (1993), et "Lucie aubrac" (1997).

Dossier AFP  du 15 mars 2007