René CARO
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Bonjour,

Je vous signale le site suivant:
http://ville-brasparts.forum-actif.net/t224-rene-caro

il traite de Brasparts, en général, mais j'y ai trouvé des infos sur la résistance (dont le récit sur rené Caro).

A découvrir ( et mettre , sans doute, sur votre site, parmi les liens)

Bien amicalement,

Joanny 


Les évènements du 28 juillet 1944 à Lannedern
La Mort de René Caro


À cette date, les Américains sont aux portes de la Bretagne qu’ils cherchent à prendre au plus vite pour s’accaparer des ports de haute mer pour désengager le Cotentin.
-Prendre Saint-Malo, Brest, Lorient et créer un port artificiel dans la presqu’île de Quiberon. Cela est essentiel pour l’acheminement des hommes, du matériel et surtout du carburant pour poursuivre l’invasion.
L’état-major allemand ayant repoussé l’idée d’un débarquement sur la Bretagne craint cependant de grosses opérations aéroportées dans les Monts d’Arrée, ainsi la II division parachutiste commandée par Ramcke est acheminée dans le Centre Finistère (à compter du 12 juin). Cette division d’élite fortement éprouvée sur le front russe a été reformée en mai 1944 en faisant appel au volontariat de jeunes allemands de 18 / 19 ans. Dès son arrivée, elle ne cessera de parfaire son instruction en vue des combats futurs. La population des bourgs environnants est réquisitionnée pour creuser des tranchées : à l’ouest de Brasparts – près du lac de Nestavel.
Les partisans FFI et FTP de la région ne restent pas non plus l’arme au pied. Un maquis s’est formé dans le bois de Bodriec au nord de Lannedern et François Le Boulch du Bourg le ravitaille en pain.
Suite à l’appel de la BBC et à la livraison d’armes, les maquis deviennent fébriles. La libération du pays breton est annoncée.
Déjà courant juin, deux parachutages avaient eu lieu à Lorziou en Plonevez(Men ar Rosaro) : la 1e fois un avion avait largué sept containers d’armes. La 2e fois, 3 avions avaient livré de quoi remplir 10 charrettes. Il avait fallu faire appel à tous les paysans du coin pour acheminer ce précieux chargement sur les hauteurs ouest de Brasparts en passant par le bourg de Lannedern.

Notre histoire peut commencer :
Lannedern – dans la soirée du 27 au 28 juillet 44, 5 partisans viennent occuper la dernière maison du bourg en montant sur Loqueffret. Cette maison appartient à Pierre Le Boulch, boulanger. C’est François, le fils, qui les accueille. Il y avait là : Jérôme Pouliquen dit « Jim » de Brasparts , Keruzoré de Plonévez, Corbel de Collorec, Jean Cadiou (séminariste) de Dineault, René Caro (normalien) de Redon.



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La famille de René Caro est originaire de Lannedern, mais son père employé des chemins de fer avait émigré à Redon avec sa famille. René, normalien, 1er prix au conservatoire de clarinette était réfractaire au STO et était venu à Lannedern se faire oublier chez sa tante Mme Le Bihan, tenant une épicerie au bourg. Sa sœur Jeanine l’avait accompagné pour aider sa tante au commerce.
Depuis les parachutages de juin, nos résistants étaient équipés de tenues et d’armes anglaises. D’après les lois de la guerre, ce n’était plus des terroristes, mais des combattants à part entière puisqu’ils portaient ouvertement une arme et un uniforme. Ce fait primordial aura une importance dans la suite du récit.

Ces maquisards sont au repos mais avec une idée derrière la tête : faire de cette maison le poste de commandement du bataillon. Fini de se cacher dans les bois, la libération approche, il est temps d’apparaître au grand jour.
Au lever du jour, le jeune François Le Boulch, 18 ans, va réveiller nos hommes quand il aperçoit des soldats allemands descendant la route du bourg. Aussitôt, il prévient ses amis qui s’éparpillent dans la nature. Lui, inconscient, rentre tranquillement chez lui.
Si François avait bien expliqué la topographie des lieux à tous les acteurs de ce drame, cela était sans compter sur le manque total du sens de l’orientation de René. En effet, à bien des reprises, lors des déplacements clandestins, François avait observé que son camarade avait beaucoup de mal à s’orienter. De plus un réveil brutal, un brin de panique, voilà tous les ingrédients pour arriver au drame.
Chacun fuit de son côté, certains sous les balles. Ainsi Jean Cadiou, en prenant plein sud avec Keruzore et Corbel est atteint superficiellement au tibia. Une chasse à l’homme commence malheureusement aidée par la rosée du matin. Pour ces 3 hommes, elle ne s’arrêtera qu’à Penhuil faute de traces. Jean-Yves Conan et son fils Roger, en coupant du trèfle, ont vu une patrouille de 5 à 6 hommes suivant des traces vers les 7 heures sur les hauteurs de Ti Cras.
Quant à Jim, par un heureux coup du sort, en prenant plein est, il est passé à travers le dispositif allemand.
René Caro, lui, a choisi la mauvaise direction, il tombe nez à nez avec l’ennemi qui le tire à bout portant. René est mort. Son corps est traîné près d’un tas de fagots jouxtant la maison et les questions commencent. Qui le connaît ? est-il du bourg ? etc… Henri Goacolou est amené près du corps : il nie le connaître, il n’est pas d’ici, c’est un uniforme qu’il ne connaît pas. Jeanine, sa sœur, se tait, si elle montre son émotion, les représailles seront terribles.
Tous les hommes valides sont regroupés. Les Allemands les ont raflés de Croas A Hars à Roch Vern et alignés contre un mur entre deux maisons. Personne ne parle sous les questions de 2 allemands parlant français.
François et son père sont du lot, ainsi que Georges Guedes (16ans) et son frère Yves (23ans). Les paras allemands sont jeunes, le même âge qu’eux, mais on ne lit rien dans leurs yeux. Un ordre et ils tireront. Cet ordre ne viendra pas.
Et la fouille commence. Les hommes sont fouillés, les maisons visitées, l’épicerie Le Bihan pillée, le cochon du pardon de Sainte Anne égorgé et chargé dans un camion. Et les otages toujours sous la menace des armes : avenir incertain.

Le feu est mis au tas de fagots, à proximité repose René Caro. Le feu enveloppant René se propage à la maison où il y a quelques heures à peine, de jeunes hommes rêvaient de liberté.

Ne trouvant rien, les Allemands se lassent, mais il leur faut des otages. François et son père sont amenés ainsi que Georges et Yves Guedes.
On peut comprendre le pourquoi de la prise d’otage de François et de son père : la maison leur appartenait mais pourquoi Georges et son frère. Georges d’esprit-curieux avait toujours dans ses poches un véritable bric à brac. Ce matin-là, il avait un morceau de papier indéchiffrable aux yeux des interprètes, il était donc suspect.

Le périple des otages dura toute la journée : Le Cloître Pleyben, Plonevez, Brasparts, Saint Rivoal, Saint Sauveur. À chaque endroit, des « suspects » sont amenés. Arrivés à Sizun, ils étaient 25 ou 27, débarquement à l’entrée de la ville, colportage du pillage,des prises de guerre et internement dans l’école. Nouvel interrogatoire correct par un officier ou un sous-officier parlant français : personne ne connaissait les « terroristes » .
« Ramassés » le vendredi, Yves et Georges Guedes avec Queffelec (Plonevez) et Guichou (ancien instituteur à Lannedern), seront libérés le dimanche matin. Pour François et son père ce sera plus long.
Un matin, Francois est étonné par le calme qui règne dans leur lieu de détention : les parachutistes sont partis, ils sont sous la garde de deux vieux soldats qui leur disent de s’en aller.
Nous sommes aux alentours du 8 août 1944. Morlaix est tombé aux mains des Américains et de la résistance. Pour les allemands, une seule échappatoire : tenir Brest et la presqu’île de Crozon.

Hasard ou dénonciation :

D’après tous les témoins du drame, ces événements sont le fruit du hasard. Les parachutistes allemands de la deuxième division étaient tous très jeunes encadrés par des officiers et sous officiers rescapés de Crête, d’El Alamein en Cyrénaïque, de Rome et de Russie. Sous la conduite de leur chef, ils parfaisaient leurs instructions.
Le pire fut évité sans doute car nos soldats de l’ombre portaient un uniforme anglais et qu’aucun d’entre eux n’a pu répondre aux questions des Allemands : René Caro a été tué sur le coup, les autres ont disparu dans la nature.
Enfin, l’accès de la maison en haut du bourg aurait pu se faire de nuit par ces partisans sans que personne ne le remarque. Georges Guedes ignorait leur présence. C’est peut-être ce que les Allemands ont pensé. L’attitude courageuse de la population, qui niait connaître ces hommes, a contribué à éviter un drame plus important.
Petite anecdote qui a son importance : la quasi-totalité des postes TSF du bourg et d’ailleurs affichait la BBC. Heureusement personne n’a eu l’idée de brancher un poste.
Jean Cadiou blessé lors des événements ne sera pas prêtre, il épousera Jeanine, la sœur de René et s’engagera. Il tombera malade à son retour d’Indochine et décédera.
Keruzoré de Plonévez du Faou s’engagera et sera tué lors de la campagne d’ Alsace en 1945.
François Le Boulch, comme son père, sera boulanger à Lannedern. Il reste toujours très vaillant à 84 ans bientôt, je lui dois ce récit.
Geordes Guedes habite toujours à Lannedern en face de chez François. Lors de notre rencontre, il relata les faits avec émotion et une très grande précision.
Que sont devenus Jim et Corbel ?

Remerciements :
François le Boulch, Georges Guèdes, François Le Corre+ et Roger Conan.


Article du site:

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